Ce voyage n’était pas du tout prévu. Et pourtant, il a changé ma vie.
Tout a commencé le jour où on m’annonce la tumeur au cerveau de mon chien Bob.
Ce voyage en Inde, il n’était pas du tout prévu.
Un jour, on m’annonce que mon chien va quitter la Terre dans quinze jours. Tumeur au cerveau. Violente. Rapide. On me dit : « C’est fini. »
À ce moment-là, à part m’effondrer et penser que ma vie vient de se briser (hyper excessif, je sais), je ne sais pas quoi faire. Ma sœur tombe alors sur une publication d’une personne qui fait de la communication animale. Je me dis :« Je ne sais pas ce que c’est… mais pourquoi pas tenter ? » Et me voilà embarquée dans quelque chose que je ne comprends pas encore.
Dans cette communication animale, je lis des phrases qui ne peuvent venir que de mon chien. Personne n’était au courant de toutes ces choses là. C'est lui, mot pour mot. Dans cette communication, alors qu’il venait de décéder quelques jours plus tôt, mon chien me dit :
« Ferme les yeux. Pose ton doigt au hasard sur une formation ou une retraite de yoga dans les recherches sur internet. Peu importe le pays. Réserve. Et vas-y. Sans réfléchir. »
Moi, hyper raisonnée n'est-ce pas, je fais exactement ce " qu'il"me dit. Même la praticienne se dit : « Euh… sûr? » Mais je le fais. Je prends mes billets. Je réserve.
Et c’est seulement après avoir payé - évidemment non remboursable - que je vois le lieu. Et là… Ça ne me plaît pas du tout. Mais je fais confiance à Bob. Parce que je sens, dans mes tripes, qu’il m’ouvre un chemin que je dois suivre. Quinze jours plus tard, je suis dans l’avion. C’est ma première fois en Inde. Sans le yoga, je n’y aurai jamais mis les pieds.
À la sortie de l’avion, je me souviens d’une chose : l’odeur. Un mélange d’épices, de chaleur humide, de pollution, de poussière. Une odeur forte, déroutante, mais qui me percute en pleine poitrine… comme si je venais de rentrer chez moi. Comme si je reconnaissais quelque chose de très ancien.
On m’avait prévenu : « L’Inde, soit tu adores, soit tu détestes. » Je comprends immédiatement pourquoi. Les aéroports sont sombres, épuisants. Presque aucun visage féminin autour de moi. Des regards lourds, intenses, qui te traversent.
Je me dis : « Mais qu’est-ce que je fais là ? » Le jour où j’arrive à l’école, je me répète à nouveau :« Mais qu’est-ce que je fous là ? »
La formation précédente n’était pas terminée. Tout le monde se connaissait. Des groupes soudés, déjà liés, déjà complices. Moi, j’étais seule. Invisible. Perdue.
Pas de draps. Pas de Wi-Fi. Impossible de dire à ma famille que j’étais arrivée après trois jours de voyage.
Je monte dans ma chambre, les larmes me montent. Gorge serrée. Je pense à Bob. Je pense à mon doigt posé au hasard sur cette formation.
Et je me demande : « Tu fais confiance… ou tu pars ? »
Je reste. Je n'étais pas là pour rien. Et à cet instant précis, ma vie bascule.
Il y a deux autres élèves arrivés aussi tôt que moi, Bavna de l'Ile Maurice et Kevin d'Australie, nous sommes devenus très proches dès les premières heures. On décide de découvrir Rishikesh ensemble.
C’est là que je goûte pour la première fois la vraie nourriture indienne. Rien à voir avec les restaurants en France - vraiment rien à voir. Des saveurs puissantes, dures, franches, brûlantes. Un délice incomparable. Je me dis : « Mais on m’a menti toute ma vie sur la cuisine indienne ! »
Dans les rues : des regards insistants, des vaches, des chiens errants, une pauvreté qui te prend à la gorge. Un jour, une femme s’avance vers moi, me tend son bébé et me dit : « S’il te plaît, emmène-la en Europe. » Je suis restée figée. J’étais choquée, impuissante et déchirée.
Je passais aussi beaucoup de temps à caresser les chats, les chiens errants. Comme si j’avais besoin de donner de la douceur, quelque part, à quelqu’un.
Ce même jour, on m’a dit : « Le Gange est un fleuve sacré, il purifie tout. Il est magique. » Alors sans réfléchir, je plonge dedans. Je ne savais pas pourquoi mais je sens que je dois le faire.
Dans une petite épicerie, je fais un grand sourire à un monsieur. Lui fronce les sourcils violemment.
Je me demande si je l’ai offensé juste en souriant. Je ne connaissais pas encore cette culture. J’avais grandi aux quatre coins du monde… mais l’Inde, je ne la connaissais que par les postures de yoga, les textes, les photos. Pas par la vraie vie.
Et la vraie vie indienne… ce n’est pas que du yoga, de la douceur et des mantras. C’est l’opposé, parfois. Le chaos. Le choc. L’intensité ! Et pourtant, je m’y sens déjà transformée.
Début de la formation
La Formation de (normalement "que") 300H commence. Le premier matin, je sors de ma chambre à 5 h 30. Il fait un froid sec qui coupe la respiration. Et ce qu’on vit dès 5 h 30, les nettoyages du corps façon indienne, c’est tout aussi intense.
Ici, rien n’est confortable : ni les cours, ni les profs, ni les enseignements, ni les lieux, ni la vaisselle, ni ce qu’on ressent parfois… mais tout te transforme.
Les paroles qui traversent
Chaque soir, à 18 h, un vieil Indien venait s’asseoir contre le muret du jardin. Il chantait des mantras que je ne comprenais pas, mais que je ressentais. À un moment, il a posé sa main sur mon épaule et a dit : « Trop de pensées. Ton corps… fermé. Tu pleures à l’intérieur. » Cette phrase m’a transpercée. J’ai su qu’il avait tout vu.
Une matinée, en plein petit-déjeuner, un professeur ayurvédique a dit en nous regardant : « Vous, occidentaux… du drame à l’extérieur, du drame à l’intérieur. Trop de bruit. Trop de feu. » Puis il a ajouté :« Nettoyez l’intérieur d’abord. Sinon rien ne change. »
Tout le monde riait, prenant cela à la légère, comme une blague. Les indiens, on ne sait jamais s'ils sont sérieux ou s'ils blaguent, ils restent de marbre dans les deux cas. « Ne parlez pas en mangeant. C’est la première clé. Sinon vous respirez par la bouche, et c’est nocif de respirer par la bouche. Dix squats dès que quelqu’un parle dans la cantine. »
J’ai fait beaucoup de squats.
Ces phrases ne m’ont plus jamais quittée. Ce sont elles qui ont planté la graine du déblocage émotionnel version Inde dans mon esprit.
Le corps se souvient
Deuxième matin, un docteur ayurvédique pose trois doigts sur mon poignet à l'école, qui se trouve dans un Ashram. Un Ashram c'est un lieu de retraite spirituelle en Inde : un espace simple, très minimaliste, où l’on vit selon une discipline quotidienne (yoga, méditation, silence, étude, rituels). Il me regarde et dit en anglais approximatif : « Ton corps se souvient de tout. Même de ce que ton esprit a oublié. Trop de feu. Trop de chocs. Ton corps est fatigué de te protéger. » C’est la première fois qu’on me dit quelque chose qui explique tout ce que j’avais vécu physiquement.
Un autre docteur, formé en médecine moderne, me dira plus tard : « Le traumatisme n’est pas seulement psychologique. D’abord, c’est physiologique. Le système nerveux reste bloqué en mode protection. On ne peut pas penser pour en sortir. Il faut libérer par le corps. »
Et là, tout s’aligne dans ma tête. Tout ce que j’avais traversé. Tout ce qui résistait en moi.
Comprendre ou libérer
Un professeur de philosophie indienne me dit le soir d’un satsang, un moment où l’on se réunit autour d’un enseignant, un sage ou un groupe pour écouter des enseignements spirituels, poser des questions, méditer ou chanter : « Vous, occidentaux, vous essayez de comprendre la douleur. Nous, indiens, nous essayons de la libérer. Comprendre appartient à l’esprit. La liberté appartient au corps. »
Le sage et le silence
Un sage est venu se recueillir quelques semaines sur place alors que l’Inde était fermée dû au Covid, et que la police tapait les gens violemment au bâton s’ils avaient le malheur d’être dans la rue. J’étais rapidement devenue sa petite protégée. On a même joué au badminton ensemble un soir. Imaginez un sage, en tenue de sage, jouer au badminton. Il m’a dit : « L’esprit peut fermer les yeux. Le corps, jamais. » Cette phrase m’a transpercée. J’ai compris pourquoi rien n’avait marché avant.
Quand le souffle ouvre
Un professeur me fait respirer intensément pendant dix minutes. Un jour, rien. Le lendemain, rien. Le troisième jour, rien non plus. Et le quatrième, sans prévenir, mon corps tremble, les larmes sortent toutes seules, j'hurle, je veux retourner dans le ventre de ma maman. Je rate le déjeuner et vais dans ma chambre continuer a pleurer. Plus tard il me dit : « Bien. Le corps s’ouvre. Quand le souffle change, les émotions sortent. C’est normal. Continue. »
J’ai compris là, physiquement, que les émotions n’étaient pas des pensées mais des charges dans le corps.
Trop plein à l’intérieur
Un médecin ayurvédique me demande :
« Tu pleures ? »
« Non. Je n’y arrive plus. »
« Alors tu digères toi-même tes émotions. Et ton corps s’épuise. L’intérieur est trop plein. »
Cette phrase a résonné comme un diagnostic. Simple. Net. Et vrai bordel.
La douleur comme message
Un professeur me dit un soir :
« Le trauma effondre l’énergie. L’énergie effondre les organes. Les organes effondrent les émotions. C’est pour cela que le trauma n’est jamais seulement mental. Jamais. »
Je ressens une clarté. Une compréhension totale. Comme si tout mon vécu trouvait enfin son explication.
À l’ashram, un élève allemand blessé au dos depuis des années demandait au professeur : « Pourquoi j’ai mal alors que je pratique le yoga tous les jours ? » Le professeur lui répond :
« Parce que c’est ton corps qui parle mais tu n’écoutes que tes muscles, pas ton histoire. La douleur est une mémoire. La douleur est un message. » J’ai compris à cet instant que la douleur n’est pas l’ennemie : c’est une information.
Le chaos du monde
Mars, l’école entière attrape le Covid. Moi y compris, mais je me suis dit : « C’est mort, je ne peux pas louper un seul jour de cours », et je ne suis plus malade. On parle de morts partout en Inde. On sait que les corps brûlent dehors dans la rue faute de place, faute à la pauvreté absolue.
C’est le chaos.
Deux Françaises paniquent et prennent le premier vol pour rentrer. Moi, je leur dis : « Non. Je reste. »
J’avais prévenu ma famille avant même le Covid : « Ça va se répandre. Je serai coincée en Inde. Faites-moi confiance. ». Je ressens toujours les choses, je sais toujours ce qui va se passer ou ce que les gens pensent, j’ai ce petit quelque chose en moi. C'est exactement ce qu’il s’est passé.
Me sauver moi
Pendant ce temps, j’avais mes quatre jours de déblocage émotionnel en plus du programme de Yoga. Seulement deux heures par matinée.
Et ça m’a retournée. Pas pour aider les autres. Pour me sauver moi.
Je sortais, quelques années plus tôt, d’une relation conjugale violente dont je n’arrivais pas à guérir. Ces quatre jours ont ouvert en moi quelque chose.
Le trésor ramené
Quand on a été confinés dans le Ashram, j’ai étudié jour et nuit. La médecine indienne. L’Ayurveda. Les docteurs. Les sages. Les pratiques ancestrales. En Inde, j’ai découvert un “déblocage émotionnel” dont personne ne parlait encore en France. Un concept inexistant chez nous.
J’ai approfondi, compris, testé, analysé. Je me suis spécialisée dans le traumatisme. J’ai tout absorbé.
Puis le gouvernement indien m’a forcée à rentrer. Dans le bus de huit heures pour Delhi, tout le monde était soulagé. Moi, j’étais brisée. J'étais si bien là-bas. Je passais mes soirées avec Sages, professeurs, docteurs. Ils parlaient hindi entre eux. Je ne comprenais rien… et pourtant je comprenais tout.
Je ressentais. Je savais. Ils savaient aussi : J’avais déjà tout en moi.
La mission
De retour en France, j’ai réétudié tout ce que j’avais ramené en moi. Et là, j’ai compris. C’était réel. Tout était là. Déjà là. J’ai travaillé jour et nuit. J’ai testé. J’ai confirmé. J’ai élargi. J’ai tout ramené à l’essentiel. Et je me suis rappelé ce que disent les Indiens : « Vous, occidentaux, vous êtes dramatiques… et sales à l’intérieur.
Commencez par nettoyer l’intérieur, sinon rien ne change. »
J’ai sincèrement l’impression d’avoir ramené en 2020 en Occident un savoir encore totalement inconnu. Et ce n’est pas une impression : c’est vrai. J’ai ramené un trésor. Un trésor immense. Un trésor qui change des vies.
Et aujourd’hui, je suis profondément fière de ce chemin. Parce que je sais que c’est ma destinée. Et je quitterai cette Terre avec ce bijou qui m’aura suivie tout au long de mon incroyable vie.